Protection des données personnelles et RGPD
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RGPD et protection des données : guide pratique 2026

12 min de lecture

Le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) est devenu le pilier de la vie privée numérique en Europe. Huit ans après son entrée en application, les exigences se sont durcies, les amendes ont atteint des niveaux records et de nouveaux défis — intelligence artificielle, transferts internationaux, souveraineté des données — redessinent le paysage réglementaire. Ce guide fait le point sur vos obligations concrètes et les meilleures pratiques pour une mise en conformité durable.

Sommaire

Adopté en avril 2016 par le Parlement européen et applicable depuis le 25 mai 2018, le RGPD a profondément transformé la manière dont les organisations collectent, stockent et exploitent les données personnelles. Loin d'être un simple exercice de conformité administrative, ce règlement constitue un véritable changement de paradigme dans la relation entre les individus et les entités qui manipulent leurs informations. En 2026, alors que les amendes cumulées dépassent les 4,5 milliards d'euros à l'échelle européenne et que l'intelligence artificielle générative soulève des questions inédites, comprendre et maîtriser le RGPD n'est plus une option — c'est une nécessité stratégique.

Ce guide pratique détaille les fondamentaux du règlement, les droits qu'il confère aux citoyens, les obligations qu'il impose aux organisations, et les outils concrets pour construire une conformité robuste et pérenne. Que vous soyez dirigeant d'entreprise, responsable informatique, juriste ou simplement soucieux de protéger vos données, vous trouverez ici les repères essentiels pour naviguer dans cet environnement réglementaire exigeant.

Qu'est-ce que le RGPD ?

Le RGPD — Règlement Général sur la Protection des Données, ou GDPR (General Data Protection Regulation) en anglais — est un règlement de l'Union européenne qui encadre le traitement des données à caractère personnel. Contrairement à une directive, il s'applique directement dans tous les États membres sans nécessiter de transposition en droit national, ce qui garantit une harmonisation des règles à l'échelle du continent.

Le règlement repose sur une définition très large de la donnée personnelle : toute information se rapportant à une personne physique identifiée ou identifiable. Cela inclut les éléments évidents comme le nom, l'adresse e-mail ou le numéro de téléphone, mais aussi les données de localisation, les identifiants en ligne (adresses IP, cookies), les données biométriques ou génétiques, et même les opinions politiques ou l'orientation sexuelle lorsqu'elles sont collectées.

Le champ d'application territorial du RGPD est particulièrement étendu. Il couvre toute organisation établie dans l'UE, quel que soit le lieu du traitement des données. Mais il s'applique également aux organisations situées hors de l'UE dès lors qu'elles ciblent des résidents européens, que ce soit pour leur proposer des biens ou des services (même gratuits) ou pour suivre leur comportement en ligne. C'est ce qu'on appelle l'effet extraterritorial du RGPD, qui a contraint des géants technologiques américains et asiatiques à revoir leurs pratiques.

Le RGPD a remplacé la directive 95/46/CE de 1995, devenue obsolète face à l'essor du numérique. Cette modernisation était devenue indispensable : en 1995, le web comptait quelques millions d'utilisateurs ; en 2026, plus de 450 millions d'Européens utilisent quotidiennement des services numériques qui collectent des quantités massives de données personnelles. Le règlement vise à redonner aux citoyens le contrôle sur leurs informations personnelles tout en créant un cadre juridique unifié propice à l'innovation responsable.

Les principes fondamentaux du RGPD

Le RGPD repose sur sept principes directeurs, énoncés à l'article 5, qui constituent le socle de toute démarche de conformité. Ces principes ne sont pas de simples recommandations : leur violation peut entraîner des sanctions financières majeures.

Licéité, loyauté et transparence

Chaque traitement de données doit reposer sur une base juridique valide parmi les six prévues par le règlement : le consentement de la personne concernée, l'exécution d'un contrat, le respect d'une obligation légale, la sauvegarde des intérêts vitaux, l'exécution d'une mission d'intérêt public, ou l'intérêt légitime du responsable de traitement. Ce dernier fondement, souvent invoqué par les entreprises, nécessite une mise en balance avec les droits et libertés de la personne concernée. La transparence impose de fournir une information claire, accessible et compréhensible sur les traitements réalisés.

Limitation des finalités

Les données ne peuvent être collectées que pour des finalités déterminées, explicites et légitimes. Une entreprise qui collecte des adresses e-mail pour envoyer des factures ne peut pas, sans base juridique distincte, utiliser ces mêmes adresses pour de la prospection commerciale. Ce principe interdit le détournement de finalité, l'une des violations les plus fréquemment sanctionnées par les autorités de contrôle.

Minimisation des données

Seules les données strictement nécessaires à la finalité du traitement doivent être collectées. Un formulaire d'inscription à une newsletter n'a pas besoin de demander la date de naissance, la profession ou l'adresse postale de l'utilisateur. Ce principe de sobriété des données oblige les organisations à repenser leurs formulaires et leurs processus de collecte en se posant systématiquement la question : « Cette donnée est-elle réellement indispensable ? »

Exactitude, limitation de conservation et intégrité

Les données doivent être exactes et tenues à jour, ce qui impose des mécanismes de vérification et de correction. Elles ne peuvent être conservées que pendant la durée nécessaire à la finalité du traitement : une fois cette durée écoulée, elles doivent être supprimées ou anonymisées. La CNIL a publié des référentiels de durée de conservation par secteur d'activité pour guider les organisations. Enfin, le principe d'intégrité et de confidentialité impose la mise en place de mesures techniques et organisationnelles adaptées pour protéger les données contre les accès non autorisés, la perte ou la destruction.

Responsabilité (accountability)

Le principe de responsabilité, ou accountability, constitue un changement majeur par rapport à l'ancien cadre réglementaire. Il ne suffit plus de respecter les règles : le responsable de traitement doit être en mesure de démontrer sa conformité à tout moment. Cela implique une documentation rigoureuse des traitements, des analyses d'impact, des procédures internes et des formations du personnel. Ce principe transforme la conformité en un processus continu plutôt qu'en un état statique.

Conformité RGPD et protection des données

Les droits des personnes concernées

Le RGPD confère aux personnes physiques un ensemble de droits renforcés leur permettant de garder la maîtrise de leurs données personnelles. Ces droits doivent pouvoir être exercés de manière simple, gratuite et dans un délai maximal d'un mois (prolongeable à trois mois pour les demandes complexes).

Droit d'accès et droit de rectification

Toute personne peut demander à un responsable de traitement de lui confirmer si des données la concernant sont traitées et, le cas échéant, d'obtenir une copie de ces données accompagnée d'informations sur les finalités du traitement, les catégories de données, les destinataires et la durée de conservation prévue. Le droit de rectification permet de faire corriger des données inexactes ou de compléter des données incomplètes. Ces deux droits existaient déjà dans l'ancien cadre, mais le RGPD les a considérablement renforcés en imposant des délais stricts et une obligation de faciliter leur exercice.

Droit à l'effacement (droit à l'oubli)

Consacré par l'article 17, le droit à l'effacement permet de demander la suppression de ses données dans plusieurs cas : lorsque les données ne sont plus nécessaires à la finalité initiale, lorsque le consentement est retiré, lorsqu'il y a opposition au traitement sans motif légitime impérieux, ou lorsque les données ont été traitées illicitement. Ce droit n'est toutefois pas absolu : il ne s'applique pas lorsque le traitement est nécessaire à l'exercice de la liberté d'expression, au respect d'une obligation légale, ou à des fins archivistiques ou de recherche scientifique.

Droit à la portabilité et droit d'opposition

Le droit à la portabilité constitue une véritable innovation du RGPD. Il permet à toute personne de récupérer ses données dans un format structuré, couramment utilisé et lisible par machine, et de les transmettre à un autre responsable de traitement. Ce droit facilite la mobilité numérique et lutte contre l'enfermement propriétaire (vendor lock-in). Le droit d'opposition, quant à lui, permet de s'opposer à tout moment au traitement de ses données pour des motifs tenant à sa situation particulière, notamment dans le cadre de la prospection commerciale où l'opposition est inconditionnelle.

Droit relatif aux décisions automatisées

L'article 22 du RGPD accorde aux personnes le droit de ne pas faire l'objet d'une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé, y compris le profilage, produisant des effets juridiques ou significatifs. Ce droit est particulièrement pertinent en 2026 avec la multiplication des systèmes d'intelligence artificielle utilisés pour l'octroi de crédits, le recrutement, la tarification d'assurances ou la modération de contenus. Les organisations doivent prévoir une intervention humaine dans ces processus et informer clairement les personnes concernées.

Les obligations des entreprises

Au-delà du respect des principes et des droits individuels, le RGPD impose aux organisations un ensemble d'obligations opérationnelles qu'elles doivent intégrer dans leur fonctionnement quotidien.

Le registre des traitements

Toute organisation employant plus de 250 salariés doit tenir un registre des activités de traitement. Cette obligation s'étend en pratique à la quasi-totalité des organisations, puisque les plus petites structures y sont également soumises dès lors qu'elles réalisent des traitements réguliers, susceptibles de présenter un risque pour les droits et libertés, ou portant sur des données sensibles. Le registre doit documenter chaque traitement avec ses finalités, les catégories de données et de personnes concernées, les destinataires, les transferts éventuels hors UE, les délais de conservation et les mesures de sécurité. Ce document constitue la colonne vertébrale de la conformité RGPD et doit être tenu à jour en permanence.

L'analyse d'impact (AIPD / DPIA)

Lorsqu'un traitement est susceptible d'engendrer un risque élevé pour les droits et libertés des personnes, le responsable de traitement doit réaliser une Analyse d'Impact relative à la Protection des Données (AIPD). Cette obligation concerne notamment les traitements à grande échelle de données sensibles, la vidéosurveillance, le profilage systématique ou les croisements de fichiers. L'AIPD doit décrire le traitement envisagé, évaluer la nécessité et la proportionnalité du traitement, identifier les risques et déterminer les mesures d'atténuation. Si le risque résiduel reste élevé, une consultation préalable de l'autorité de contrôle est obligatoire.

La notification des violations de données

En cas de violation de données personnelles (fuite, accès non autorisé, perte, destruction), le responsable de traitement dispose de 72 heures pour notifier l'incident à l'autorité de contrôle compétente, sauf si la violation n'est pas susceptible d'engendrer un risque pour les droits et libertés des personnes. Lorsque le risque est élevé, les personnes concernées doivent également être informées dans les meilleurs délais. Cette obligation impose aux organisations de mettre en place des procédures de détection, d'évaluation et de notification des incidents, ainsi que des plans de réponse aux violations. Pour approfondir les enjeux de sécurité, consultez notre guide complet sur la cybersécurité.

Le cadre des transferts internationaux

Les transferts de données personnelles vers des pays situés hors de l'Espace économique européen (EEE) sont strictement encadrés. Ils ne sont autorisés que vers des pays bénéficiant d'une décision d'adéquation de la Commission européenne, ou dans le cadre de garanties appropriées telles que les clauses contractuelles types (CCT), les règles d'entreprise contraignantes (BCR) ou les codes de conduite approuvés. Depuis l'invalidation du Privacy Shield en 2020 et l'adoption du Data Privacy Framework (DPF) UE-États-Unis en 2023, la question des transferts transatlantiques reste l'un des points de vigilance majeurs pour les entreprises opérant à l'international. La souveraineté des données est devenue un enjeu stratégique, comme le montre notre analyse sur la souveraineté numérique européenne.

Le DPO : rôle, missions et désignation

Le Délégué à la Protection des Données (DPO, pour Data Protection Officer) est la cheville ouvrière de la conformité RGPD au sein des organisations. Sa désignation est obligatoire dans trois cas : pour les autorités et organismes publics, pour les organisations dont l'activité de base implique un suivi régulier et systématique de personnes à grande échelle, et pour celles qui traitent à grande échelle des données sensibles ou relatives aux condamnations pénales.

Le DPO doit disposer de connaissances spécialisées en droit et en pratiques de protection des données. Il peut être un salarié de l'organisation ou exercer ses fonctions sur la base d'un contrat de service (DPO externalisé). Le RGPD lui garantit une indépendance fonctionnelle : il ne peut recevoir aucune instruction en ce qui concerne l'exercice de ses missions, ne peut être relevé de ses fonctions ou pénalisé pour l'exercice de ses tâches, et doit rapporter directement au niveau le plus élevé de la direction.

Les missions du DPO couvrent un spectre large : informer et conseiller le responsable de traitement et les employés, veiller au respect du RGPD, conseiller sur la réalisation des analyses d'impact, coopérer avec l'autorité de contrôle et servir de point de contact pour celle-ci, et sensibiliser le personnel aux enjeux de la protection des données. En pratique, le DPO joue un rôle de chef d'orchestre entre les équipes juridiques, informatiques, métiers et la direction générale.

En France, la CNIL recensait plus de 35 000 DPO désignés en 2025, couvrant environ 95 000 organismes. Ce chiffre illustre la professionnalisation croissante de la fonction, avec l'émergence de certifications reconnues (notamment la certification des compétences du DPO de la CNIL) et d'un véritable marché de l'emploi spécialisé. Les profils hybrides, combinant expertise juridique et compétences techniques, sont particulièrement recherchés.

Outils et processus de mise en conformité RGPD

Les outils de mise en conformité

La mise en conformité RGPD requiert une approche méthodique appuyée par des outils adaptés. Voici les principales ressources et solutions disponibles en 2026 pour structurer votre démarche.

Les outils de la CNIL

La Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés met gratuitement à disposition plusieurs outils de référence. Le logiciel PIA (Privacy Impact Assessment) permet de réaliser des analyses d'impact de manière guidée et structurée. Le modèle de registre des traitements facilite la tenue de cette documentation obligatoire. Les guides sectoriels (TPE-PME, collectivités, associations, santé) fournissent des recommandations adaptées à chaque contexte. La plateforme de notification des violations de données permet de déclarer un incident en ligne. Enfin, le MOOC « L'Atelier RGPD » offre une formation gratuite en ligne accessible à tous les profils.

Les solutions logicielles spécialisées

Le marché des solutions de conformité RGPD s'est considérablement structuré depuis 2018. Des plateformes comme OneTrust, Didomi, Axeptio, Cookiebot ou TrustArc proposent des suites complètes couvrant la gestion des consentements (CMP), le registre des traitements, la gestion des demandes de droits, les analyses d'impact et le suivi des violations. Les solutions françaises et européennes, telles que Dastra, DPOrganizer ou Data Legal Drive, offrent l'avantage d'un hébergement des données en Europe et d'une adaptation aux spécificités du droit français. Le choix de la solution doit prendre en compte la taille de l'organisation, la complexité des traitements, l'intégration avec le système d'information existant et, naturellement, le budget disponible.

Les référentiels et normes complémentaires

Plusieurs normes internationales viennent compléter le cadre du RGPD et structurer les démarches de conformité. La norme ISO 27701 étend les exigences des normes ISO 27001/27002 à la gestion des données personnelles, offrant un cadre certifiable. Le référentiel NIST Privacy Framework propose une approche par les risques adaptable à tout type d'organisation. Les codes de conduite sectoriels approuvés par les autorités de contrôle (cloud computing, direct marketing, recherche clinique) constituent également des outils de démonstration de conformité. Pour échanger avec d'autres professionnels confrontés aux mêmes problématiques, les forums de discussion sur la protection des données constituent une ressource précieuse.

La démarche de mise en conformité en six étapes

Quelle que soit la taille de votre organisation, la mise en conformité suit un processus structuré. La première étape consiste à désigner un pilote (DPO ou référent RGPD). La deuxième étape requiert de cartographier l'ensemble des traitements de données personnelles en alimentant le registre. La troisième étape passe par la priorisation des actions en fonction des risques identifiés. La quatrième étape implique de réaliser les analyses d'impact pour les traitements à risque élevé. La cinquième étape demande d'organiser les processus internes (procédures de gestion des droits, notification des violations, privacy by design). La sixième et dernière étape consiste à documenter la conformité pour pouvoir la démontrer à tout moment.

Sanctions et jurisprudence récente

Le RGPD prévoit un arsenal de sanctions gradué, allant du simple rappel à l'ordre aux amendes administratives pouvant atteindre 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires annuel mondial consolidé, le montant le plus élevé étant retenu. Les autorités de contrôle disposent également de pouvoirs correctifs tels que les avertissements, les mises en demeure, les injonctions de mise en conformité, les limitations ou interdictions temporaires ou définitives de traitement, et les ordres de suspension des flux de données.

Les amendes record en Europe

La jurisprudence des autorités de protection des données a considérablement mûri depuis 2018. Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp) a cumulé plus de 2,5 milliards d'euros d'amendes, dont 1,2 milliard d'euros infligé par l'autorité irlandaise en mai 2023 pour des transferts de données illégaux vers les États-Unis. Amazon a été sanctionné à hauteur de 746 millions d'euros par l'autorité luxembourgeoise pour des pratiques de ciblage publicitaire non conformes. Google a reçu des amendes totalisant plus de 150 millions d'euros en France pour des manquements liés aux cookies et au consentement. TikTok s'est vu infliger 345 millions d'euros par l'autorité irlandaise pour le traitement des données de mineurs.

Les sanctions de la CNIL en France

En France, la CNIL a intensifié son activité répressive. En 2025, elle a prononcé plus de 40 sanctions publiques, touchant aussi bien des grands groupes que des TPE-PME. Les motifs les plus fréquents concernent le défaut de consentement pour les cookies et traceurs, la conservation excessive de données, les manquements à la sécurité des données (mots de passe en clair, absence de chiffrement), le non-respect des droits des personnes (réponses tardives ou incomplètes aux demandes d'accès), et la vidéosurveillance excessive en milieu professionnel. La procédure de sanction simplifiée, introduite en 2022, permet à la CNIL de traiter plus rapidement les affaires de moindre gravité, avec des amendes plafonnées à 20 000 euros — un mécanisme qui a multiplié par trois le nombre de sanctions annuelles.

L'impact réputationnel

Au-delà de l'amende financière, la publication des décisions de sanction constitue un risque réputationnel majeur. Les entreprises sanctionnées voient leur image dégradée auprès des consommateurs, des partenaires commerciaux et des investisseurs. Plusieurs études montrent qu'une violation de données médiatisée peut entraîner une baisse de confiance de 25 à 40 % chez les clients, un impact bien supérieur au montant de l'amende elle-même. Cette dimension réputationnelle fait de la conformité RGPD un enjeu de gouvernance au plus haut niveau de l'entreprise.

RGPD et intelligence artificielle

L'essor fulgurant de l'intelligence artificielle, en particulier des modèles de langage et des systèmes d'IA générative, pose des défis inédits en matière de protection des données personnelles. Le RGPD, bien qu'antérieur à cette révolution technologique, fournit un cadre juridique applicable aux systèmes d'IA, désormais complété par l'AI Act européen adopté en 2024 et entré progressivement en application depuis février 2025.

Les enjeux du traitement des données par l'IA

Les modèles d'intelligence artificielle soulèvent des questions fondamentales au regard du RGPD. La base juridique du traitement constitue un premier défi : sur quel fondement un modèle de langage peut-il être entraîné sur des données personnelles collectées sur le web ? L'intérêt légitime, souvent invoqué par les développeurs de modèles, fait l'objet de contestations devant les autorités de contrôle. Le principe de minimisation est mis à rude épreuve par des modèles qui ingèrent des volumes massifs de données. Le droit à l'effacement se heurte à la difficulté technique de « désapprendre » une information intégrée dans les paramètres d'un réseau de neurones. L'article 22, qui encadre les décisions automatisées, impose une intervention humaine significative dans les processus de décision fondés sur l'IA.

L'AI Act et la complémentarité avec le RGPD

L'AI Act (Règlement européen sur l'intelligence artificielle) vient structurer les obligations des fournisseurs et des utilisateurs de systèmes d'IA selon une approche fondée sur le risque. Les systèmes à risque inacceptable (notation sociale, manipulation subliminale, identification biométrique en temps réel dans les espaces publics) sont interdits. Les systèmes à haut risque (recrutement, crédit, justice, santé) sont soumis à des obligations strictes de conformité, de transparence et de gouvernance humaine. Pour une analyse détaillée de ce texte, consultez notre article sur la régulation de l'IA et l'AI Act en Europe. Le RGPD et l'AI Act fonctionnent de manière complémentaire : le premier protège les données personnelles, le second encadre les systèmes qui les traitent.

Les recommandations des autorités de contrôle

Face à ces enjeux, les autorités de protection des données ont multiplié les lignes directrices. Le Comité européen de la protection des données (EDPB) a publié en 2024 des orientations sur le traitement des données personnelles dans le cadre du développement et du déploiement de modèles d'IA. La CNIL a adopté une approche pragmatique en publiant une série de fiches pratiques sur l'IA et les données personnelles, couvrant la phase d'entraînement, de déploiement et d'utilisation des modèles. Les principales recommandations incluent la réalisation d'une analyse d'impact systématique avant le déploiement de tout système d'IA traitant des données personnelles, la mise en place de mécanismes de transparence permettant aux utilisateurs de comprendre le fonctionnement du système, la garantie d'une intervention humaine effective dans les processus de décision automatisés, et la mise en œuvre de mesures techniques pour faciliter l'exercice des droits des personnes (accès, rectification, effacement).

Vers un cadre intégré données-IA

L'année 2026 marque un tournant dans l'articulation entre protection des données et régulation de l'intelligence artificielle. Les organisations doivent désormais construire une gouvernance intégrée, combinant conformité RGPD, conformité AI Act, et prise en compte des normes techniques émergentes (ISO 42001 pour le management de l'IA, ISO 23894 pour la gestion des risques IA). Cette convergence réglementaire renforce le rôle du DPO, qui devient de facto le référent éthique et conformité des projets d'IA au sein des organisations. Les entreprises qui investissent aujourd'hui dans cette gouvernance intégrée se dotent d'un avantage compétitif durable, à la fois en termes de confiance des utilisateurs et de capacité à déployer des innovations responsables.

Conclusion

Le RGPD n'est pas qu'une contrainte réglementaire — c'est un levier de confiance et de différenciation stratégique. En 2026, alors que les amendes atteignent des niveaux records et que l'intelligence artificielle redéfinit les contours du traitement des données, les organisations qui ont investi dans une conformité solide récoltent les bénéfices de cette démarche : confiance renforcée des clients, partenariats facilités, réduction des risques juridiques et réputationnels, et capacité à innover dans un cadre maîtrisé.

La clé réside dans une approche pragmatique et progressive. Commencez par les fondamentaux (registre des traitements, politique de confidentialité, gestion des consentements), structurez votre organisation (désignation d'un DPO ou référent, sensibilisation des équipes) et montez en maturité au fil du temps (analyses d'impact, certifications, gouvernance intégrée données-IA). Les outils sont disponibles, les référentiels sont matures, et les retours d'expérience abondent : il ne manque plus que votre engagement.

La protection des données personnelles est un droit fondamental inscrit dans la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. En respecter les exigences, c'est participer à la construction d'un numérique plus respectueux, plus sûr et, en définitive, plus durable.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le RGPD et à qui s'applique-t-il ?

Le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) est un règlement européen entré en vigueur le 25 mai 2018. Il s'applique à toute organisation, publique ou privée, qui traite des données personnelles de résidents de l'Union européenne, que cette organisation soit établie dans l'UE ou non. Cela inclut les entreprises, les associations, les collectivités et les administrations.

Quelles sont les sanctions en cas de non-conformité au RGPD ?

Les sanctions peuvent atteindre 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires annuel mondial, selon le montant le plus élevé. La CNIL peut également prononcer des avertissements, des mises en demeure, des limitations ou suspensions temporaires de traitement, et rendre publiques ses décisions.

Qu'est-ce qu'un DPO et est-il obligatoire ?

Le DPO (Data Protection Officer) ou Délégué à la Protection des Données est le référent RGPD au sein d'une organisation. Il est obligatoire pour les autorités et organismes publics, les organisations dont l'activité de base implique un suivi régulier et systématique de personnes à grande échelle, et celles qui traitent des données sensibles à grande échelle.

Comment réaliser un registre des traitements conforme au RGPD ?

Le registre des traitements doit documenter chaque activité de traitement avec sa finalité, les catégories de données et de personnes concernées, les destinataires, les durées de conservation et les mesures de sécurité. La CNIL propose un modèle gratuit téléchargeable sur son site. Il doit être tenu à jour en permanence et mis à disposition de la CNIL en cas de contrôle.

Quels sont les droits des personnes sur leurs données personnelles ?

Le RGPD garantit huit droits fondamentaux : le droit d'accès, le droit de rectification, le droit à l'effacement (droit à l'oubli), le droit à la limitation du traitement, le droit à la portabilité, le droit d'opposition, le droit de ne pas faire l'objet d'une décision automatisée, et le droit de retirer son consentement à tout moment.

Le RGPD s'applique-t-il aux systèmes d'intelligence artificielle ?

Oui, le RGPD s'applique pleinement aux systèmes d'IA qui traitent des données personnelles. L'article 22 encadre spécifiquement les décisions automatisées, y compris le profilage. Depuis 2026, l'AI Act européen vient compléter le RGPD avec des obligations spécifiques selon le niveau de risque du système d'IA, renforçant la transparence et la protection des droits fondamentaux.